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Avez-vous déjà remarqué ce silence particulier des dimanches matin d’élections ? Bon, d’accord, « silence » est un peu excessif. Mais quand même, il règne ces jours-là, une qualité sonore tout à fait inhabituelle. Et pour cause. La plupart des voitures sont en congé. Les familles se rendent au bureau de vote à pied et, s’il fait soleil comme aujourd’hui, en profitent pour flâner ou papoter avec des voisins que l’on ne rencontre qu’à ces occasions-là. Heureusement, elles sont nombreuses ! Du coup, le chant des oiseaux envahit l’espace et le roulement du bus, qu’on ne distingue pas ordinairement du brouhaha ambiant, paraît soudain incongru. Il plane un petit air de vacances. On en souhaiterait presque qu’il y ait plus d’élections encore.

Donc, ce matin, on votait. Pas seulement pour l’Europe, comme dans tous les pays de l’Union, mais aussi au Fédéral et à la Région. Cela faisait trois bulletins gigantesques à déplier dans un isoloir trop étroit, des crayons aux chaînes trop courtes qui imposaient aux moins grands, aux plus âgés, une improbable gymnastique et des urnes de couleurs différentes à ne pas confondre. Bref, un paisible dimanche d’élections comme les autres. Sauf…

Sauf qu’hier, en plein cœur de Bruxelles, un homme a tiré. Aveuglément. Tuant au passage quatre personnes. Sauf que cela se passait devant et dans le Musée juif de Belgique. Sauf que ce que les autorités hésitent encore à qualifier de « crime antisémite » y ressemble quand même furieusement.

Alors qui ? Qui a perpétré cette horreur ? Et surtout pourquoi ? Pour dire quoi ? La montée du racisme en Europe est un phénomène indiscutable et profondément inquiétant. Dans quelques jours, nous commémorerons le septantième anniversaire du débarquement qui allait bientôt provoquer la défaite allemande et la fin de cette guerre d’où naîtrait l’Union européenne. On pouvait espérer qu’avec de semblables précédents, que sur de telles bases, le « plus jamais ça » de nos parents aurait toutes les chances de se réaliser. On sait ce qu’il en est. On se bat encore beaucoup, ici et là, aux portes de l’Europe sinon en son sein. Les partis d’extrême-droite reprennent du poil de la bête et l’interminable conflit israélo-palestinien s’en vient justifier les prises de positions voire les actes les plus injustifiables.

J’en suis profondément convaincue : seule la démocratie peut venir à bout de ces dérives.  La démocratie européenne notamment. A l’heure qu’il est, on ignore encore les résultats des partis populistes. Le pire pourtant est à craindre. Je croise les doigts.