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Il fut un temps, dans les années 1950-60, où, lorsque Maman, ses frères, neveux et nièces donnaient leur nom, la question fusait, immuable : « Comme les pneus ? » Et chacun d’approuver. À l’époque, les pneus Englebert « sponsorisaient » - comme on ne disait pas encore – les plaques émaillées annonçant une agglomération sur les routes belges. Sur fond jaune bordé de rouge, elles égrenaient joyeusement les 2.739 noms des 2.739 communes du petit Royaume de Belgique, sous lesquelles s’étirait la mention « Don du pneu Englebert ». En 1975, une fusion réduisit le nombre de communes à 589. Mais, à ce moment-là, la société avait déjà changé sa dénomination en  « Uniroyal » et se préparait à intégrer le groupe Continental. Le nom d’Englebert disparut donc définitivement de nos routes et avec lui la familiarité de tout un chacun avec son orthographe. Si bien qu’aujourd’hui il n’est pas rare que l’on demande à Maman et à ses neveux : « Anglebert, avec un A ? ». Quand on ne leur donne pas du « Engelbert » qui, par un curieux retournement des prononciations est, en réalité, la forme originelle, perdue au fil du temps, des registres et des tribulations de nos ancêtres.

Si l’on en croit le site généalogique Généanet, Englebert est, en effet, « l'hypocoristique* du nom de personne d'origine germanique Engelbert, formé de « angil » (pointe de l'épée) et « berht » (brillant) ». Il n’est pas inutile de rappeler à ce propos que, lors de sa fondation au temps du Bas-Empire romain, la ville de Liège, dont était originaire mon grand-père, appartenait à la Germanie inférieure et que la création du diocèse de Liège par Saint-Servais à la fin du IVe siècle s’inscrivait dans le cadre de l’archidiocèse de Cologne. Nous sommes, en effet, ici à la limite de deux cultures : la germanique et la gallo-romaine. L’un des premiers Princes- évêques de Liège se prénommait d’ailleurs Engelbert (de la Marck)… tout comme plusieurs de mes ancêtres dont les parents n’avaient pas craint la redondance quelque peu ridicule du doublon Englebert Englebert. 

Quoi qu'il en soi, selon le site flamand "Familienaam", ce nom d’origine germanique, dérivé d’un prénom aux accents conquérants signifiant « pointe brillante de l’épée », serait actuellement porté en Belgique par 1.431 personnes, tout particulièrement à Liège et dans sa région. Ce n'est pas énorme. Or, comme au moins neuf générations ont précédé mon grand-père dans la Cité Ardente, on peut légitimement penser, sans grand risque de se tromper, que la plupart des Englebert qui y résident encore aujourd’hui sont des parents plus ou moins lointains. Quant à la société de pneumatiques, c’est également à Liège qu’elle fut créée en 1898 par Oscar Englebert et qu’elle y prospéra pendant plus d’un demi-siècle sous la houlette de son fils, également prénommé Oscar, et de son petit-fils Georges . Même si ma tante et marraine disait avoir bien connu ces Englebert-là lorsqu’elle était enfant au début du vingtième siècle, même si mon grand-père était, paraît-il, très complice avec un jeune oncle prénommé Oscar, je n’ai pas trouvé à ce jour de lien qui nous rattacherait à la famille du fondateur de la célèbre firme pneumatique. Celui-ci était d’ailleurs né à Bruges, avant de venir s’installer à Liège. Mais son grand-père venait de Verviers, proche de Liège. Alors, sait-on jamais ? En attendant, Maman s’entendit plus d’une fois appeler « Mme Pirelli » par des collègues en mal de plaisanteries coquines (sexistes ?), au temps des belles heures de certain calendrier.

 

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(*) Forme affectueuse d’un nom