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Prévoir deux bonnes heures. Dresser la liste des convives. N’oublier personne. Placer la personne à l’honneur au centre de la table. Faire un choix entre la formule protocolaire, qui prend simultanément en compte les liens de parenté et l’âge, ou la formule « affinités », qui dit bien ce qu’elle veut dire. Cornélien, le choix ! Essayer les deux formules. Constater que dans un cas comme dans l’autre, certains – souvent les mêmes - se sentiront isolés, n’ayant ni l’âge ni les affinités nécessaires pour se sentir tout à fait à l’aise dans l’assemblée. Savoir qu’en optant pour le protocole, personne ne pourra légitimement se plaindre. Savoir que certains se plaindront. Envoyer le protocole aux oubliettes et opter pour la formule « affinités ». Se rappeler qu’elle comporte un volet « inimitiés ». Doser. Prudemment. Subtilement. Les contentieux d’enfance, les jalousies professionnelles, les rancœurs sentimentales, les opinions politiques, les blessures d’ego… Savoir qu’on en oublie, qu’on en ignore. Parier sur le temps qui a passé, la bonne volonté commune, le printemps précoce. Espérer renouer des liens et en tisser de nouveaux. Savoir que certains se plaindront. Penser savoir lesquels. Se tromper. Se jurer (mais un peu tard) de ne plus jamais dresser un plan de table.