P1090702

Je l’ai déjà dit : ma clinique préférée est adepte des NTIC, entendez les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication. Autrement dit, au lieu d’engager une ribambelle de téléphonistes qui dirigeraient l’appelant vers le service, l’étage ou le médecin souhaité, elle confie cette tâche - certes ingrate et peu valorisante, mais quand même rémunératrice pour celui ou celle qui l’exerce – ils la confient, disais-je, à un ordinateur. Cela m’a valu cette mésaventure qui me fait hésiter depuis à empoigner mon téléphone pour contacter un service sans avoir pris un certain nombre de précautions, comme passer préalablement aux toilettes et avoir la certitude d’une heure au moins sans rendez-vous prévu, coup de téléphone à passer, article à écrire, course à faire, repassage urgent… Les NTIC, une façon sournoise de boucher le trou de la Sécu en décourageant les patients de recourir aux soins de santé ? Je ne suis pas loin de le penser.

Malgré tout, depuis quelque temps une prescription de densitométrie traînait sur mon bureau. J’ai donc attendu d’avoir bouclé tout le travail professionnel de l’année, écartant du même coup le risque d’être interrompue par un coup de fil urgentissime ou un mail impérieux, pour m’atteler à la tâche titanesque de prendre rendez-vous.  Et là, surprise : plus besoin de taper 1, 2 ou 3 ! L’ordinateur de ma clinique préférée s’est encore perfectionné depuis mon dernier appel : un répondeur vocal me demande de prononcer distinctement le nom du service recherché.  Je prononce donc, en détachant au mieux les syllabes : mé-de-ci-ne nu-clé-ai-re. C’est un répondeur courtois et soucieux d’efficacité, car il enchaîne : « J’ai compris mé-de-ci-ne nu-clé-ai-re  Est-ce exact ? ». Je réponds « Oui ! », il m’assure qu’il me passe le service. Et là, bardaf, d’un coup d’un seul, il me balance… La Moldau.

Quoi, depuis plus de six mois, ma clinique préférée n’a pas pris la peine de changer sa musique d’ascenseur ? Je suis prête à raccrocher. Je n’endurerai pas une minute de plus le flux insouciant, joyeux, lancinant de la rivière qui s’élance au printemps le long des berges fleuries, je vais changer de clinique, de médecin, de ville, je ne vais plus jamais être malade, je ne ferai plus d’examens préventifs, je…

-       Médecine nucléaire, bonjour !

Quoi, déjà ? Je mets quelques secondes à réaliser que ce n’est pas un ordinateur qui me répond, mais une aimable secrétaire prête à me proposer un rendez-vous le jour qui me convient le mieux.

Ok ! On peut raisonnablement supposer qu’il y a moins de demandes pour la médecine nucléaire que pour la gynéco, mais là, quand même, ma clinique préférée m’épate. Pas vous ?

Elle m’a aussi épatée, quand la veille du jour prévu, un coup de fil « numéro privé » m’a rappelé ledit rendez-vous. Sauf que ce n’était pas la gentille secrétaire qui rappelait, mais bien un ordinateur dont la voix d’outre-tombe m’a instantanément fait se dresser les cheveux sur la tête. Et il m'a fallu quelques fractions de seconde pour comprendre que ses intentions étaient tout ce qu’il y a de plus pacifique.

C’est-y pas beau la technique ?