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Donc, suite à un carnage en règle (ici), nos deux serins du Mozambique, Moustique et Moskito vivaient dans deux cages à deux étages différents. Or, le calme revenu, la petite boule de chair au cou de la femelle, que le vétérinaire avait attribuée aux ardeurs d’un compagnon jeune et fougueux, vient de faire sa réapparition et se met même à grossir assez sérieusement. Plus de doute possible : c’est une tumeur ! Du coup, voilà notre jeune mâle innocenté, notre femelle clairement reconnue mégère : elle a quasi assassiné Mosquito, à tout le moins tenté de l’éborgner, et s’il s’en sort finalement, l’alerte a été rude. Séparés, l’une vivra encore quelques années avec sa tumeur, l’autre lui survivra une douzaine d’années pour atteindre l’âge canonique de seize ans.

On est en droit de se demander si les femelles mozambiques ne sont pas dotées d’un caractère particulièrement acariâtre car, dans l’intervalle, quelque temps après le décès de mon père, nous offrons à Maman un couple de Mozambique, sensé mettre un peu de vie dans l’appartement. Les premiers temps, tout se passe bien : leurs joyeux pépiements, leurs quelques trilles, viennent discrètement égayer des jours bien sombres. Maman ne tarde cependant pas à constater que la femelle sifflote nettement plus que le mâle, quasi muet, à qui elle semble avoir définitivement cloué le bec et, surtout, qu’elle ne le laisse jamais accéder à la mangeoire sans s’y être elle-même longuement attardée.

Un après-midi que Grand-Loup, adolescent, vient rendre visite à sa grand-mère, il constate d’entrée « L’un de tes oiseaux s’est fait la malle ! ». Et de fait : la porte de la cage restée ouverte après le nettoyage hebdomadaire a offert à la femelle le chemin de la liberté par la fenêtre de la chambre, elle aussi ouverte sur une belle journée d’été. Le plus étonnant n’est pourtant pas qu’elle ait sauté sur l’occasion mais bien que le mâle, lui, soit resté sur son barreau et qu’il chante désormais à tue-tête, comme soulagé, lui aussi libéré... d’une compagne par trop autoritaire.

Fifi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, resta encore quelques années pour Maman, un délicieux compagnon. Lorsqu’elle adopta un certain Milord, la cohabitation se révélant impossible, Louve Chérie, alors étudiante, l’accueillit dans son kot bruxellois. Lorsqu’elle revint à la maison à la fin de ses études, elle installa le Mozambique dans sa chambre, Mosquito squattant toujours le salon. A la mort de celui-ci, Fifi descendit d’un étage et passa à nos côtés le reste de ses jours qu’il coula, parfaitement apprivoisé et heureux. Il s'est envolé cet hiver pour les paradis des oiseaux. Nous l'appelions Fifi Mathusalem. Il allait sur ses vingt-et-un ans. Nous ne sommes pas les seuls à le regretter : Petit Loup qui s’est tant émerveillé de ses chants et cabrioles n’a pas vraiment compris pourquoi ni où il est parti.