Buttiens

 Sur l’un des sites de généalogie que je viens de découvrir, une bloggeuse se demandait récemment comment il se fait que, le plus souvent, le généalogiste amateur débute sa recherche par celle de sa lignée « agnatique » remontant d’homme en homme, alors qu’on ne peut en réalité jamais être sûr au plan génétique que de la lignée « cognatique », remontant par les femmes de mère en mère.

Je me souviens avoir un jour choqué par cette même remarque une amie très bien pensante qui ne voulait manifestement pas voir que certaines parmi ses ancêtres féminines avaient peut-être « fauté » avant ou après mariage et que le nom de famille n’était pas gage qu’un enfant était bien de la lignée dont il portait le nom. Il lui semblait que  j’avais l’esprit mal tourné. Je dirais plutôt réaliste.

Mais passons ! Là n’est pas mon propos. J’ai surtout cherché à comprendre le pourquoi de ce comportement quelque peu irrationnel, que j’expérimente moi-même en ce moment en me focalisant sur les hommes de ma lignée maternelle au départ de mon grand-père et en délaissant (pour l’instant) les épouses et les ancêtres de celles-ci. Or, je crois pouvoir apporter plusieurs réponses à cette question.

La première tient, bien sûr, au nom. Un nom qui nous est familier, qu’il soit le nôtre (ou, dans le cas présent, celui de Maman), alors que les noms de nos ancêtres féminines nous sont souvent inconnus, donc déroutants lorsqu’on les découvre. C’est là un aspect psychologique, qui n’est cependant pas sans conséquence pratique sur la recherche, puisque remonter par les femmes implique de changer de critère à chaque génération.

Si on y ajoute que, le plus souvent, l’épouse s’en allait vivre avec son mari sur le lieu d'origine de celui-ci parce qu’il y avait sa profession, on comprend vite que rechercher les femmes c’est s’exposer à devoir le faire dans des communes donc des registres souvent différents, alors qu’il est bien plus facile de s’en tenir à un seul lieu, un seul registre, et de noter tous les membres de la famille portant le même nom sur une période donnée.

Enfin, ce nom tellement familier ne l’est pas seulement à notre oreille mais également à notre œil. En parcourant les index, les tables décennales, les registres paroissiaux et les actes d’état civil, très vite il nous saute aux yeux parmi des dizaines d’autres, des centaines de phrases, des milliers de mots, tant son orthographe, sa forme même nous sont intrinsèquement liés. Dès lors, il autorise une lecture rapide, presque « automatique » quand des noms nouvellement découverts nécessitent une attention plus soutenue.

En second lieu, et quoi qu’il m’en coûte envers mes ancêtres féminines d’avoir à le reconnaître, les actes relatifs aux hommes nous en apprennent bien plus long que ceux des femmes, souvent « sans profession », alors qu’à partir de la Révolution française, mention est faite du métier de l’époux ou du père, ce qui permet non seulement de situer le milieu social mais souvent aussi de s’assurer de certaines filiations puisque les métiers se transmettaient de père en fils.

Enfin, l’objectif de la généalogie n’est-il pas  davantage de décoder l’histoire familiale que d’établir un code génétique qui relève, lui, de la science ? Car, au final, si un enfant n’était pas du père que l’état civil lui attribue, si cet enfant a été élevé par ce père, s’il a grandi au cœur d’une fratrie, c’est par ce père, cette fratrie, cette famille qu’il a été façonné et c’est par ses interactions avec eux qu’il est devenu ce qu’il était plus tard. Et ça, pour moi, c’est au moins aussi important que la génétique !