Nous avons toujours beaucoup déménagé. De ruelles en impasses, de rues en avenues, la mobilité géographique de mes parents, grands-parents, la nôtre et celle de nos enfants tranche avec l’immobilité de nos ancêtres dont dix générations se succédaient parfois dans le même village.

Nos adresses successives en témoignent. On y trouve d’illustres inconnus : Jean Precker, Van Volxem, Félix Paulsen… mais également un roi, non précisé. Voici aussi un souverain vénéré : Albert 1er, roi-chevalier, héros de la Grande Guerre dans la plaine de l’Yser. Pour rester dans le patriotisme, il y a  les Croix de feu. Et des pays : le Canada, l’Irlande, la Serbie. On y trouve un art : la poésie. Mais aussi ceux qui la propagèrent au moyen âge : les ménestrels. Voici une villa romaine. Et un pont : celui de Luttre. Un arbre : l'olivier. Et puis une montagne espagnole curieusement plantée en bordure de Flandre, un plus modeste remblai et une certaine Marie-Thérèse dont je présume qu’il s’agit de l’impératrice du même nom.dyn003_original_450_700_pjpeg__7c08142925e3f2f39298f402269de5a2

Cet inventaire à la Prévert réjouissait autrefois les amis de mes parents qui nous soupçonnaient d'avoir du mobilier à roulettes. Ce qui était presque vrai : nous restions rarement au même endroit plus de trois ou quatre ans, neuf au maximum, si bien que j’en suis aujourd’hui à ma douzième adresse, sans compter les « kots » d’étudiante.

Mais d’où nous venait donc de ne pas avoir, comme la plupart des Belges, une « brique dans le ventre », qui nous aurait sédentarisés plus tôt ? Un manque de moyens qui nous eut permis de devenir propriétaires ? Sans doute. Mais aussi, me semble-t-il, un certain goût pour le nomadisme… quoique longtemps limité aux dix-neuf communes de la périphérie bruxelloises. 

Et puis, en accédant enfin aux actes de naissances de mon grand-père et de ses frères et sœurs grâce à leur récente mise en ligne, quelle ne fut pas ma surprise de constater que mes arrière-grands-parents maternels, déjà, semblent avoir été atteints de la même bougeotte. Car, à chaque naissance de leurs neuf enfants ou presque, une nouvelle adresse !

Degres-Saint-Pierre

En 1868, lorsqu’ils se marient, nous sommes à Grivegnée, puis très vite à Liège, rue Grétry, rue Vavin, rue Lairesse, degrés Saint-Pierre, avenue de l’Université, etc. 

 

Mes grands-parents se marient à Valenciennes, leurs trois premiers enfants naissent à Liège, ils habitent Charleroi, avant de débarquer à Bruxelles. Parmi leurs descendants, certains vivront au Congo belge et au Zaïre, à Paris ou au Koweit. D’autres s’installeront aux Etats-Unis, à New York d’abord, mais aussi à Chicago. Deux d’entre eux naîtront en Colombie.

Modestement limitées au pays ou transcontinentales, nos migrations familiales semblent porter en elles un besoin profond de changement qui non seulement se perpétue de générations en générations mais se maintient même vivace jusqu’à un âge avancé. C’est pourquoi, après avoir aidé Grand Loup l’autre semaine à faire quelques caisses en vue de son déménagement vers un appartement plus grand où il ne sera plus obligé de travailler sur la table de la salle à manger parmi les jeux de son exubérant Petit-Loup, nous préparons maintenant le grand chambardement du printemps. Mais chut, je pense l’avoir déjà dit, cela c’est déjà une autre histoire !

En attendant, je pose la question : la déménagite serait-elle une maladie génétique ?

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De la rue de l'Olivier schaerbeekoise à notre maison brabançonne,

en passant par les degrés Saint-Pierre à Liège,

plus d'un siècle de tribulations !