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Les pigeons de la Grand-Place de Bruxelles

Avoir soixante ans nous a donné, voici quelques mois, le droit de participer à une enquête universitaire sur la sénescence.

Le mot est politiquement correct, voire raffiné, mais la réalité qu’il recouvre manque singulièrement de charme puisqu’il s’agit du vieillissement des cellules, celles du corps, celles de l’esprit, auquel nul d’entre nous n’échappe.

Une charmante Olivia, vingt ans et des poussières, est donc venue nous interroger sur notre « vécu ». Celui d’hier, celui d’aujourd’hui. Les questions sont nombreuses, intimes. Elles concernent la santé, le travail, le niveau de vie, la famille, les loisirs, la sexualité… Elles se complètent de quelques tests, d’observation, de vocabulaire, de mémoire. Histoire sans doute de voir où nous en sommes avec ce farceur d’Aloïs (*) qui se plaît à terrifier tout ceux qui oublient de temps en temps où ils ont laissé leurs lunettes.

Nous voilà donc lancés dans une suite de quinze mots à répéter, dans d’interminables listes d’animaux commençant par « L », dans des synonymes un peu tordus… Il semble que ni Papiloup ni moi ne nous en sortions trop mal. C’est en tout cas ce que dit la gentille Olivia. Moi, j’aurais quand même espéré retrouver plus de sept mots de la première liste après un quart d’heure d’exercices très différents qui ont requis un max de concentration. Pas de panique pourtant : nous semblons bons pour le service pour quelques années encore !

Lorsqu’elle s’en va, Olivia promet à chacun, en remerciement, un chèque-livre de 5 euros offert par l’université, qui nous parviendra prochainement par la poste. Depuis ? Rien ! Dans un premier temps, nous n’y prenons  garde. Ensuite, Bpost ne faisant pas preuve d’une ponctualité exemplaire, nous lui imputons le retard. Depuis, une idée commence tout doucement à nous turlupiner : la jeune Olivia ne nous aurait-elle pas pris pour des (pigeons) fossiles à qui Aloïs brouillerait d’ores et déjà la mémoire au point d’oublier sa promesse ? Et 5 euros dans la poche de la demoiselle !

Mais ce qui m’inquiète le plus dans cette histoire, c’est que, malgré ses dénégations, elle ait pu tirer cette conclusion des tests qu’elle nous a fait passer. 

(*) Aloïs Alzheimer, médecin allemande (1864-1915) qui a le premier décrit la maladie qui porte son nom.