J’ai déjà évoqué mon arrière-grand-mère Pharaïlde et ces plus lointains aïeux nommés Tibalde et Lamoral. Mais il y a aussi parmi nos ascendants une Aldegonde et une Appoline, un Bénoni et un Damase, une Pélagie, une Natelle, une Théodilde et une Zélaïde, une Pétronille et deux Bellarmin, un Egidius, un Judocus et une Judoca…

Bien sûr, aux côtés de ces prénoms oubliés, je trouve des ribambelles de Jean, de Pierre, de Baptiste, de Rosalie et de Catherine, dont les homonymies compliquent sérieusement les recherches dans les registres d’état-civil.

Dans le nord de la France, tous portent aussi en deuxième lieu le prénom de Joseph. Même les filles, que l’on place sous la protection de ce père modèle. Et comme elles s’appellent aussi souvent Marie quelques chose, cela fait des cohortes de Marie Catherine Joseph et autres Marie Rosalie Joseph.

Côté flamand, les prénoms sont donnés en latin. D’où une kyrielle de Petrus, de Joannes, de Carolus et de Ludovicus, plus souvent appelés Peter, Janneke, Karel ou Louis dans la vie quotidienne. Mais pourquoi diable appela-t-on toute sa vie Marie ma grand-mère que ses parents avaient baptisée Marguerite ? Pourquoi mon bordelais oncle Antoine devint-il Maixent ? Et pourquoi ma marraine Léonie se mua-t-elle en Élisa ? Ces mystères resteront entiers car la coutume ne trouve nul écho dans les documents officiels. Ainsi s’évaporent les histoires de famille !

L’étude des prénoms est pourtant riche d’enseignements car, s’ils sont les produits d’une époque et de ses croyances, ils perpétuent surtout de façon symbolique le souvenir de ceux qui ont précédé l’enfant auquel on les donne : parrain et marraine bien sûr, mais aussi grands-parents et même frère ou sœur aîné précocement disparu. Ma famille compte ainsi une foultitude de Lucien et de Lucienne, de René, de Gustave, avec lesquels Pharaïlde et Tibalde, Appoline et Zélaïde tranchent joyeusement. Alors, je me dis qu’il fallut aux parents une sacrée dose d’anticonformisme voire de courage pour nommer leur bébé de façon si peu conventionnelle en ces temps où la tradition pesait de tout son poids. Et j’ai  l’impression, que du fond de l’éternité, ils me sourient.  

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Ma grand-tante Célestine